C’est l’histoire d’une blonde…

 

Ah la blondeur…Couleur capillaire source de moqueries, les blondes n’ont pas toujours ressemblé au personnage de Lorelei Lee dans le film les hommes préfèrent les blondes. Fut un temps où leurs reflets solaires traduisaient le langage des déesses et des saintes, mais les divinités disparues, les hommes interprètent cette innocence originelle comme un signe de naïveté ; Dociles, malléables et fidèles, contrairement aux brunes qui devinrent les maîtresses de leurs maris. Heureusement des résistantes détournèrent cette représentation misogyne en profanant cette auréole de bonté. Aujourd’hui focus sur la plus audacieuse d’entre elles : Marlène Dietrich.


Les hommes préfèrent peut-être les blondes, mais les blondes préfèrent certainement Marlène Dietrich. Impossible pour une artiste investissant une part de son capital dans la dorure de sa chevelure de ne pas rendre hommage à l’une des plus grandes prêtresses du genre. Avec elle, la couleur des anges distilla une délicieuse saveur venimeuse. Jean Cocteau sut d’ailleurs parfaitement formuler cette contradiction :« votre nom commence par une caresse et finit par un coup de cravache. »

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D’où vint justement cette sensation de caresse ? Peut-être de son goût pour le chant et le violon (abandonnés suite à une blessure) qu’elle pratiqua assidûment durant sa jeunesse. Façonnée par la sensualité rigoureuse de l’art classique, Marlène Dietrich conserva cette beauté inatteignable dévolue à ces cantatrices dont la voix au timbre cristallin jaillit d’une plastique si élégamment mise en valeur par des tenues raffinées. Son père (qui mourut 7 ans après sa naissance) et son beau-père, tous deux officiers prussiens, lui léguèrent néanmoins un tempérament de battante l’empêchant de se figer en pot de fleurs.

DegasLa chanteuse au gant (1878)            A.Toulmouche, Vanité d’une femme (fin 19ème)

Ces influences façonnèrent sa beauté froide, presque hautaine, à la base du mystère ayant construit sa légende. Derrière tant de candeur apparente on pourrait déceler le regard d’un ange.

Après des cours de théâtre et quelques rôles au cinéma, Marlène Dietrich connut d’ailleurs son premier gros succès grâce au film l’Ange bleu narrant la déchéance d’un austère professeur tombant sous le charme d’une sublime chanteuse de cabaret (interprétée par l’actrice allemande). Son jeu de femme fatale, ainsi que son interprétation de fall in love again, consacreront son statut de diva envoûteuse soigneusement entretenue jusqu’à la fin de sa vie. Ce minois d’ange abriterait donc quelques pensées machiavéliques? La cravache semblait poindre de ses ailes…

 

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Succédèrent de nombreux films réalisés par les plus grands de l’époque (Josef Von Sternberg, Lubtisch, Hitchcock, Wilder…) renvoyant l’image d’une blonde au charme ensorceleur défendant farouchement son indépendance. Beaucoup y succombèrent mais personne ne réussit à la cloîtrer dans un foyer.

Cependant sa carrière d’actrice ne cessa de décliner après la seconde guerre mondiale en raison du maccarthysme alors à l’oeuvre à cette époque. Pleine de ressources,  Marlène se tourna donc vers la chanson qui rythma la deuxième partie de sa carrière. Son expérience cinématographique lui permit d’enrichir son jeu scénique d’une théâtralité qui ne manqua pas d’éblouir Broadway et d’inspirer les générations suivantes. Hélas une mauvaise chute la contraignit à quitter définitivement la scène. Soucieuse de ne pas apparaître affaiblie, elle vécu recluse dans son logement parisien jusqu’à sa mort en 1992.

 

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Son charisme, sa beauté, son destin, et ses engagements détournèrent Marlène Dietrich de la représentation classique de la starlette blonde et docile. Par ses rôles et sa vie, celle-ci influença de nombreuses artistes pop, à commencer par Madonna qui ne cesse de lui rendre hommage au travers de ses clips ou ses concerts. Mais pas seulement : les Beatles avec la pochette de leur célèbre album  Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, Heidi Klum, ou encore Noir Désir avec leur titre Marlène, tous n’ont d’yeux que pour elle. « I am not a myth » dit-elle un jour. Erreur ou fausse modestie? Caresse ou cravache? Avec elle, les frontières se brouillèrent…

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