Kanye West ou le mythe de l’artiste total

Kayne West est partout, tout le temps, et particulièrement là où on ne l’attend pas: au siège de Facebook pour dégainer quelques freestyles, dans les plus grands défilés, dans South Park ou même dans les critiques du président Obama. Cela serait risible si ses démarches étaient dénuées d’intuitions, ce qui n’est pas le cas puisque même sans albums, il parvenait à faire parler de lui (il a compris qu’il fallait saturer l’espace médiatique, et notamment digital, pour exister). Là il vient d’en sortir un, et il est à son image: varié dans ses influences, cadré dans ses audaces, et particulièrement excellent.

 

Avant tout, répétons le encore une fois pour se soulager: Kayne West suscite l’étrange désir de lever la main pour la lui coller sur la joue, et cela pour deux raisons. La première, légitime, s’explique par son ego aussi démesuré que ses clips, et dont les créateurs de South Park se sont inspirés pour réaliser l’un des épisodes de leur irrévérencieuse série.

 

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La seconde l’est en revanche beaucoup moins. Kayne demeure à l’avant garde de la création mainstream (vous savez ce mot à la mode désignant les sons labelisés MTV), n’hésitant pas à détourner les genres avec succès. D’abord, il se joua des règles du hip hop avec son précédent album Graduation dont l’esthétique, très dessins animés, voire cartoonesque, rompait avec la sacro-sainte virilité rap (non Vanilla Ice ne compte pas). Pour garder une certaine cohérence, il mit en place une écurie composée de créateurs talentueux (comme Lady Gaga maintenant) travaillant son image avec la même attention que les nombreux génies ayant oeuvré à la décoration de la chapelle Sixtine. C’est pour cela qu’il semble habiter une autre planète. Pour le coup, sa rivalité avec 50 cent (véritable ou pas…) fut très révélatrice de l’antagonisme entre deux conceptions du genre, et de la musique en général. L’un cultive une certaine forme d’élégance et d’originalité là où l’autre s’enfonce dans les stéréotypes jusqu’au ridicule.

Des clips Stronger ou Good Life (illustré par le graphiste So Me de l’écurie Ed Banger) jaillissent couleurs fluos et références multiples si inhabituelles pour le hip hop habitué à des ambiances plus sombres ou érotiques, qu’on le penserait plus influencé par la mode et le design. La création d’un blog (intitulé Kayneuniversecity) reflète également son désir de prolonger l’originalité marquée de son sceau. Kayne ou l’innovation permanente, au point de devenir une oeuvre à lui seul grâce à la supervision minutieuse de ses tenues, ses apparitions (les fameux VMA awards…) ou ses collaborations. Le marketing devient ainsi un art et l’art du marketing. Vous avez dit dandy? Très certainement, son ADN semble être issu du croisement entre Oscar Wilde et Gil Scott-Héron.

 

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Puis une fois conforté dans son rôle de producteur talentueux, le bonhome décide d’élargir la palette de ses compétences en s’essayant à la mode. De cette envie naît la première basket Vuitton, un antagonisme jusqu’à l’arrivée de notre ami à gifles.

Et enfin ce dernier album particulièrement réussi (et en particulier le titre Blame Game). Là encore attendez-vous à ce que Kayne l’égrene de clips ravageurs, révolutionnant l’industrie musicale comme celui-ci paraît s’en être fait la promesse au vu de Runaway. Michaël Jackson attend la relève et Kayne West se tient tapi…

 

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Mais Kayne ne fait pas que produire des œuvres de talent, non, il les suscite également. Par exemple son single Power vient déjà d’inspirer quelques clips particulièrement réussis. Tout d’abord, le clip du remix de Théo Martins produit par Party Supplies s’incorpore bien à l’univers enfantin du rappeur avec ses jouets mécaniques et sa bataille de pistolets plastiques.

 

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Mais le clip du collectif All fingers reste celui qui nous intéresse le plus. Entièrement conçu avec des gifs animés, cette production met en avant un élément important : le potentiel des logiciels d’animation. La pop procède beaucoup par photo-montages ; or ces logiciels, que n’auraient pas reniés les pères du genre, insufflent de la vie à ces collages en leur conférant un dynamisme incroyable. Plus de dessins animés mais de la photo animée ! Peu de doutes concernant la diffusion de cette pratique dans d’autres domaines. D’ailleurs il se pourrait que Kayne montre le chemin en adoptant cette production frenchie absolument originale (le 1er clip en Gif?). De toute beauté, truffé de clins d’oeil, ce clip est une totale réussite.

 

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En tout cas, lorsque Kayne West n’est pas responsable d’une innovation, il l’inspire, ce qui le rend encore plus détestable. Serait-il en train d’accomplir le fantasme millénaire de l’artiste absolu ? Entouré d’apôtres inspirés par son image, il l’annonce dans le teaser officiel de Power dont l’esthétique ressemble étrangement aux toiles des grands maîtres de la renaissance, pleines d’emphases et de références mythologiques. Une star pop magnifiée façon renaissance. La boucle de l’art bouclée ? De même pour les 35 minutes de Runaway ou le teaser de monster, où la star nous montre que la démesure n’est pas le seul apanage des dieux.  N’empêche, autant de confiance mérite une bonne paire de gifs, pardon de gifles…

 

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