Erro, le pot de colle de la pop

Nous ne le répèterons jamais suffisamment : la démarche pop (qualifiée de popism, et oui c’est inscrit dans le titre) consiste à déplacer des éléments de leurs contextes pour les introduire dans un autre d’une nature différente. Le pop art fonctionne de la sorte; regardez les iconographies warholiennes : Marylin, une boîte de soupe, Mao, Elvis, Jacky Kennedy, tous déplacés et replacés sur un même plan (un arrière fond aux couleurs acidulées). Néanmoins, ces rapprochements ne se révèlent pas si neutres. Il existe justement un artiste, enfant terrible des mouvements contestataires des 60′s, utilisant cet art comme une arme de subversion massive. Son nom, bien qu’évoquant le le calme islandais, renvoie au désir et à la fulgurance : laissez moi vous présenter Erró.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Guðmundur Guðmundsson, de son vrai nom, débarqua en 1958 à Paris, après des études d’art et de mosaïque (ça a son importance), alors que les surréalistes, après des années d’incontestable suprématie, voyaient leur influence décliner. Il rencontra alors les principaux acteurs du mouvement que furent Breton, Man Ray, Duchamp (papa de l’art pop), et surtout Max Ernst. Ces derniers lui donnèrent le goût de l’absurde, de l’automatisme, des associations incongrues inspirées par les rêves, et une certaine attirance envers la polémique.

Max Ernst, The couple in Lace (1925)

Des dadaïstes il emprunta la dérision absolue et l’attrait pour les découpages comme le pratiqua Hannah Höche, le versant féminin de ce courant.

Hannah Höche, Grotesque (1963) Hannah Höche, The Beautiful Girl (1920)

Mais c’est un voyage à New-York au début des 60′s, ponctué par la rencontre avec les pères fondateurs d’un pop art alors naissant (Rauschenberg, Lichtenstein, Warhol…) et la découverte du foisonnement d’images propagées par la culture de masse (BD, comics, publicité…), qui acheva la formation de son style.

Richard Hamilton, Qu’est-ce qui rend nos intérieurs d’aujourd’hui si séduisants et sympathiques? (1956)

Alors en quoi consiste ce fameux style? Et bien justement à mettre en relation des éléments voués à ne pas se rencontrer au travers de collages débordant de références. Mais ces rencontres demeurent rarement fortuites car derrière ces associations improbables, mêlant personnalités célèbres et personnages de BD,  et parfois choquantes, se cachent d’acerbes critiques portées à l’encontre de notre époque et de ses mythes (consommation, nationalisme, publicité…). A ce titre ses séries sur les intérieurs américains se révèlent aussi surprenantes qu’amusantes puisqu’elles réunissent des images issues de la propagande chinoise et de la publicité américaine:

Erro, intérieur américain numéro 7 (1968)

Sur celle ci l’association est relativement simple puisqu’elle met en relation deux univers radicalement opposés:

-       D’un côté celui de la propagande communiste chinoise avec ses figures de soldats et de travailleurs.

-       De l’autre celui de la publicité américaine vantant ses intérieurs douillets et confortables parsemés d’objets manufacturés.

Au travers de cette réunion Erro cherche finalement à rapprocher la publicité de la propagande en les mêlant dans une même composition.

Dans l’oeuvre d’Erro tout est symbole, contraste, et opposition. Parfois les références foisonnent jusqu’à finalement brouiller le message dans une surenchère visuelle. ses productions s’apparentent à de véritables mosaïques (vous vous rappelez de ses études?) constituées à partir d’éléments puisés dans la culture populaire.

Erro, God bless Bagdad (2001)

Ce style lui sert également à rendre hommage à ses mentors, tel Pollocks, en ornant sa composition de symboles divers rattachés à leurs oeuvres, ou les murs d’une grande ville comme lisbonne:

Erro, Lisbonne Metro Oriente (1998)

Encore une fois, l’assemblage est à prendre au second degrés puisque rien ne semble relié au sujet à première vue. Néanmoins beaucoups d’élèments trouvent leur place après analyse. Inspiré par les théories contestatrices des 60’s et 70’s, Erro chercha à contester la société du spectacle en utilisant ses images ce qui, au passage, produisit un esthétisme à la fois fascinant, drôle, et parfois dérangeant.

Erro, sans titre (1974)

Quoi qu’il en soit, l’artiste reste l’une des figures majeures du pop art actuel et nous montre au passage que cette forme d’expression ne sert pas qu’à décorer les murs de nos chambres, il peut également nous interpeller. Erro, tu es notre héros! (oh c’était facile…)

P.S: plus de photos sur la page Facebook!!!

 

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