Banksy: Faites le mur pas la guerre

« Dans un monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux » prophétisa dès 1967 Le célèbre philosophe situationniste Guy Debord dans son ouvrage la Société du Spectacle. Cette citation semble auréoler toute la démarche de Banksy, célèbre Graffeur utilisant l’art comme un acte militant. Justement ce dernier vient de sortir un film, « Faites le Mur », narrant le parcours d’un certain Thierry Guetta (pas de lien avec David ?) qui passe du statut de spectateur engagé, à celui d’artiste intéressé. Mais au travers de cette existence (fictive ?) se reflète l’histoire, la philosophie, et les déboires mercantilistes de tout le mouvement estampillé « street art ».  Seul regret : que le film sorte en fin d’année car nous ne pouvons dire s’il se révèle être le film de l’année 2010 ou 2011 (d’un point de vue pop bien entendu).

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Bande annonce de Faites le Mur

Le film de Banksy suit le parcours de Thierry Guetta, français exilé à Los Angeles féru d’un street art alors en plein essor, fixant sa caméra sur les protagonistes les plus emblématiques de ce courant au cours de sessions nocturnes fleurant bon l’acidité des encres colorées et indélébiles. Mais du bout de leurs bombes s’esquisse une nouvelle conception de l’art, proprement pop puisque basée sur le détournement. Détournement s’effectuant justement sur deux niveaux :

-       Matériel : le street art s’affranchit complètement (dans sa définition originelle du moins) du cadre restreint et oppressant des musées et de ses toiles. Son support favori ? La ville et son mobilier sur lequel ses inscriptions éphèmères (puisque vouées à être éffacées) vont interpeller le plus de passants possibles. Trains, paneaux d’affichage, murs en briques, camionnettes, les œuvres se déplacent comme autant de toiles mobiles ou immobiles vouées à propager et imposer la signature de ces artistes anonymes grâce à une exposition maximale, des couleurs fluos interpellant l’œil urbain (pardon, l’œil humain), et un graphisme aisément reconnaissable.

Buff Monster, The London Police

Néanmoins une charte implicite semble interdire de couvrir le végétal, l’ancienne pierre, bref ce qui se trouve déjà chargé symboliquement d’un point de vue historique. Son but est d’enchanter la terne neutralité fonctionnelle urbaine (100 points au scrabble ce concept !) en lui conférant une beauté dotée de sens.

Swoon

 

-       Symbolique : Le street art aime détourner les symboles. Qu’ils soient historiques, politiques, fonctionnels ou encore artistiques, sa démarche consiste à interpeller en utilisant des références  populaires subverties par l’occasion (toute la base de la culture pop).

Shepard Fairey, Civilization Revolution

 

Sa démarche artistique puise donc dans celle de Marcel Duchamps, pionnier du piratage symbolique avec son fameux urinoir (déjà il s’attaquait au mobilier urbain à sa façon…).

Zeus

Voici les deux caractéristiques modulant le street art à l’intérieur duquel Thierry Guetta spectateur nous plonge avec sa caméra. Et de tous les artistes opérant dans l’ombre, la silhouette anonyme de Banksy se détache incontestablement car elle illustre à merveille ces deux aspects, jusqu’à les confondre à l’occasion d’audaces particulièrement subtiles (graffer le mur de séparation entre les israëliens et les palestiniens au moyen de représentations ne tombant dans aucun excès).

Banksy

Il s’approprie l’espace en l’impliquant directement dans ses œuvres afin de créer une véritable poésie urbaine basée sur le détournement, la gratuité, et plus que tout l’anonymat (comme les super-héros), garant de tout d’abord de sa sécurité, mais également de son mystère et son intégrité.

Banksy

Mais si Banksy focalise son film sur le personnage (fictif ?) de Thierry Guetta, c’est que ce dernier représente la déviation consumériste de son art en devenant un artiste intéressé s’accaparant le nom, terriblement conceptuel pour l’occasion, de Mr Brainwash. Car des ruelles poisseuses, des ruelles mal éclairées,  ou des toits d’immeubles bancales, le street art se retrouva tout à coup propulsé au centre des galeries douillettes aseptisées, et des spéculations diverses (dont Thierry Guetta artiste devient le symbole). A partir de là, la rue ne constitua plus l’unique terreau propice à son développement et le street art se retrouva progressivement amputé de son suffixe « street ».

 

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Il ne devint soudain qu’un détournement inoffensif et éculé, perdant toute sa signification et son attrait. Dès lors recopier Warhol à l’infini, et spéculer sur sa propre personne, définirent le statut de l’artiste « street », soit un artiste faussement subversif, pataugeant avec aisance dans une société du spectacle soit disant dénoncée.

 

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Car ne nous trompons pas : l’art pop ne consiste pas uniquement à détourner un symbole populaire, encore faut-il que la démarche se révèle originale. Car l’art contemporain, qui relève de l’esthétique et de la démarche pop à 100%, mais que les critiques nomment « contextualiste », fonde tout son mérite sur l’originalité de ses associations/subversions. Affubler Madonna de couleurs fluos ou Elvis d’un M-16 se révèle à présent aussi banal qu’éculé. Finalement, sortir le street art de la rue revient tout simplement à le dénaturer.

Thierry Guetta a.k.a Mr Brainwash

En réalité, le succès du « street art » signa également le déclin de ses intentions originelles. Comme tout mouvement contre-culturel, sa popularisation marqua sa mutation en un produit de grande consommation.

T-shirt Parra

Dans le même temps, son esthétique et sa démarche se répandirent, comme une encre dégoulinante, dans toutes les strates de la société. En en faisant un produit respectable, la publicité et le marketing s’en emparèrent légitimement, tous deux possédant le même objectif de visibilité (voir Orange, la Société Générale et Obama). La société du spectacle récupéra ainsi l’un de ses plus fervents critiques en le convertissant en produit financier et marketing. Les domaines de la communication doivent s’inspirer de sa méthode puisque, en dépit de philosophies opposées, leur finalité peuvent se rejoindre en terme de visibilité.

Publicité Yves Saint Laurent

Alors l’histoire de « Faites le Mur », fiction ou réalité ? Connaissant Banksy et son style, la probalité d’un canular est extrêmement forte.  Car quoi de plus subversif que de réaliser un documentaire fictif (détournement du film réel)? Quelque soit la réponse, le paradoxe rejoint parfaitement celui de ses graffitis se jouant des limites entre le réel et le virtuel. Néanmoins le Street Art vient de trouver ici son plus parfait biopic, aussi bien dans la forme que dans le fond. Alors pour que la pop continue d’innover, emparez-vous du slogan situationniste de Banksy, véritable injonction pop : faites le mur, pas la guerre.

voir également Basquiat

P.S: venez taguer notre mur, et n’hésitez pas à taguer le votre et celui de vos amis!

 

 

 

 

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